picnic perspectiviste

Hortense Belhôte, Anne et Frédérique Aït-Touati

Compagnie Zone Critique

 

« On n’est pas bien là ? »

C’est souvent comme ça que tout commence.

 

Picnic perspectiviste est une performance où l’on plante une nappe comme on plante un cadre, où l’on s’installe ensemble dans un paysage — réel ou reconstitué — sans toujours se rendre compte que l’on est déjà dans un tableau vivant.

Le public est convié à un picnic. Un vrai. On mange, on boit, on épluche, on partage. Mais en mangeant, quelque chose se décale : le paysage n’est plus devant nous, il est autour de nous, sous la nappe, dans les mains, dans la bouche. Le cadre se brouille. Le point de vue se brouille, la perspective devient corporelle, collective et joyeusement instable.

Avec Hortense Belhôte, l’histoire de l’art déraille. Les tableaux sont pris au pied de la lettre, déplacés, rejoués, parfois mâchés. On passe d’un Caravage à un pique-nique, d’une nature morte à une table qui déborde, d’un panorama sublime à une épluchure qui colle aux doigts. 

le projet

Notre rapport au vivant s’est longtemps inscrit dans une économie du regard. Le territoire était un horizon, un panorama, un point de fuite. Aujourd’hui, il est ce qui se retrouve dans nos aliments, dans nos boissons, dans nos estomacs et nos cellules. Nous mangeons des sols, des eaux, des climats, des politiques agricoles, des chaînes logistiques, des histoires coloniales, des effondrements et des renaissances. Manger devient un acte écologique, un geste cosmologique, un choix politique autant qu’un plaisir. L’ingestion nous oblige à faire face à ce que nous avalons vraiment. Nous devenons littéralement ce que le monde a produit. Ce que nous consommons nous lie à des territoires, des pratiques, des temporalités, des formes de savoir et des modes d’existence. Tel est le cœur de ce projet : faire apparaître la scène comme lieu d’expérience où paysage et corps se mêlent.

En renversant la tradition occidentale qui a fait du paysage une surface à contempler, une image lointaine sur laquelle projeter des idées, PICNIC propose d’examiner ce qui se joue lorsque le monde n’est plus un décor, mais une matière première incorporée, au sens littéral du terme.

Le projet est né de la rencontre entre trois artistes. Hortense Belhôte, performeuse et historienne de l’art, explore l’histoire culturelle des paysages, la construction de leurs représentations et les gestes politiques qui s’y rattachent. Anne Aït-Touati, artiste-paysanne, développe une pratique culinaire centrée sur les plantes locales, les boissons non alcoolisées et les transformations du végétal, à travers des récoltes situées, des infusions, des fermentations et des distillations. Frédérique Aït-Touati, metteur en scène et chercheuse, travaille sur les récits du vivant, les manières dont les scènes permettent d’éprouver d’autres relations au monde, au-delà du regard et de la distance. Ensemble, elles imaginent une forme où la cuisine devient partition scénique, où les boissons deviennent archives liquides, où la dégustation devient une performance collective.