Machines désirantes

Librement inspiré de TlöN, Uqbar, Orbis Tertius de Jorge Luis Borges et de l’Invention de Morel de Adolfo Bioy Casares

 

Conception et mise en scène : Frédérique Aït-Touati

Collaboration scientifique : Hervé Mazurel, Donato Ricci, Antonio Somaini 

Création vidéo, création IA, caméras : Kevin Van der Meiren

Jeu et impro : Matthieu Protin

Collaboration à l’écriture : Frédéric Chancel, Matthieu Protin

Scénographie : Mathieu Lorry-Dupuy

Lumières : Emmanuel Valette

Régie générale : équipe du Centre Pompidou (CP)

Distribution (en cours) : six personnes au plateau (trois interprètes, trois musiciens)

 

Production : Compagnie Zone Critique

Coproduction (en cours) : Centre Pompidou, Lieu Unique, Théâtre Olympia-CDN de Tours, Maif Social Club, Festival Nemo (104), Maison de la Culture d’Amiens, Théâtre Vidy-Lausanne

le projet

Tlön, Uqbar, Orbis Tertius. Trois noms pour un monde fictif si cohérent, si minutieusement décrit, si savamment structuré, qu’il finit par coloniser le réel. Le récit de Borges n’a pas attendu l’invention des LLM pour saisir ce que peut une fiction lorsqu’elle n’est plus simplement lue, mais activée, crue, intégrée à la réalité. Tlön est un monde imaginé par une société secrète, conçu comme une fiction philosophique, qui finit par contaminer notre monde : ses objets, ses langages, sa logique. Ce n’est pas une invasion extraterrestre : c’est une infection ontologique.

 

Avec Borges, la fiction devient un virus conceptuel. Elle ne prétend pas être réelle : elle fonctionne mieux que le réel. Elle offre une grammaire plus cohérente, une cosmologie plus simple, une esthétique plus séduisante. Et c’est là que réside le piège. Le monde de Tlön supplante le nôtre non parce qu’il est plus vrai, mais parce qu’il est plus consistant, mieux scénarisé. Plus crédible que le vrai.

 

Aujourd’hui, l’IA semble rejouer ce scénario. Non comme une allégorie, mais comme un effet technique. Les systèmes génératifs comme ChatGPT ou Midjourney ne disent pas la vérité : ils produisent de la cohérence. Leur seul critère est statistique : ce qui vient le plus souvent après, ce qui ressemble, ce qui tient. Nous vivons l’âge du Tlön machinique. L’âge où les fictions générées peuvent supplanter le monde, parce qu’elles sont plus fluides, plus plastiques, plus addictives.

 

Le test de Turing posait une question simple : peut-on simuler l’humain au point de tromper un interlocuteur ? Mais à l’heure où les machines passent ce test haut la main, il faut le retourner : peut-on encore reconnaître une parole humaine dans un monde saturé de simulations ?

 

C’est cette question qu’explore la pièce Machines (désirantes). Un théâtre où humains et IA dialoguent en temps réel. Où le spectateur doit deviner qui parle. Où l’on teste les seuils de crédibilité, d’émotion, de confusion. Où la scène devient le lieu d’un Turing test inversé et collectif : non plus pour prouver que la machine est humaine, mais pour éprouver ce qui fait encore de nous des humains qui fictionnent, qui s’émeuvent et qui aiment — et pas seulement des générateurs de texte.

 

Frédérique Aït-Touati

Calendrier

Création à l'automne 2027 au Théâtre de la Cité Internationale