LA GRANDE VIE
THEATRE
D'après Jean-Pierre Martinet
(Editions l’arbre vengeur - 2006)
Mise en scène et interprétation :
Denis Lavant
Créateur lumière : Eric Pelladeau
Directrice artistique/scénographe : Soria
Production : APC
RESUME
Un petit bijou d'humour noir.
Chétif employé de pompes funèbres, Adolphe Marlaud habite un appartement avec vue sur le cimetière qui domine la rue Froidevaux, une de ces rues « où on meurt lentement, à petit feu, à petits pas, de chagrin et d’ennui. »
Prisonnier modèle de sa douloureuse condition « Depuis plus de quinze ans, la rue Froidevaux était une prison. J’étais un détenu modèle. Je ne cherchais pas à m’évader… d’ailleurs, où aller ? Le monde est une prison. Ma cellule me suffisait »
Cet antihéros désabusé s’est fixé une ligne de conduite : « vivre le moins possible pour souffrir le moins possible. »
C’est sans compter sur Madame C., sa concierge, véloce et veuve affamée, qui guette amoureusement son passage du haut de ses deux mètres pour le contraindre à ses plaisirs les plus fous.
"Denis Lavant, trop rare sur les planches, a choisi le festival « Seul en scène » pour nous rappeler quel magnifique comédien il peut être. En une heure, il donne une leçon de théâtre en
interprétant avec brio ce bref récit de Jean-Pierre Martinet en forme de monologue.
Jean-Pierre Martinet n’est pas pour autant un auteur misérabiliste. Chez lui, le grotesque n’est jamais loin.
Denis Lavant n’a pas choisi cette oeuvre par hasard. Ce mélange de tragique et de bouffonnerie l’accompagne depuis toujours.
Le public ne s’y trompe pas, et rit franchement au récit des amours d’Adolphe et de Mme C., la concierge à l’énorme poitrine qui l’a un jour choisi comme amant. Comme elle mesure deux mètres et
que lui n’est qu’un « avorton », leurs rapports prennent une tournure des plus curieuses, et il devient un « hommephallus, comme il y a des hommes-canons…» "
"Dans tous les spectacles présentés lors de ce nouveau festival « Seul en scène », le langage est à l’honneur. À cet égard, ce n’est pas le moindre des mérites de Denis Lavant que d’avoir su nous
faire partager la poésie très particulière qui émane de ce bref récit. Martinet a le sens de l’adjectif.
Évidemment, c’est très noir, à mille lieux des romans sentimentaux inoffensifs qu’on nous vend aujourd’hui à la pelle. On pense souvent à Céline, pour l’outrance et la faconde.
On sait gré à Denis Lavant d’avoir exhumé ce texte resté confidentiel. Jean- Pierre Martinet, trop tôt disparu, est connu d’une poignée d’admirateurs qui vénèrent son oeuvre. Plusieurs de ses
livres ont été réédités ces dernières années.
À la fin du spectacle, Adolphe sombre dans la folie et se met à surveiller la tombe de son père avec un fusil à lunette, veillant « sur les morts comme Dieu sur les vivants ». Denis Lavant,
braquant sur nous son fusil de théâtre, fait passer un frisson. Un seul regret : que Jean-Pierre Martinet n’ait pas été là pour voir ça. Fabrice Chêne - Les trois coups."
"Retrouver Denis Lavant sur scène est toujours exaltant.
Singulier et singulièrement doué, tour à tour proférateur de génie, passeur de mots et conteur d'histoires qu'il prend à son compte. Dernier opus en date, créé ce soir sur la scène du Trianon et
encore en work in progress, dans sa première mise en espace, "La grande vie" d'après une nouvelle éponyme d'un auteur méconnu, inconnu, météorite littéraire, Jean-Pierre Martinet en lequel des
lecteurs avisés avaient décelé une écriture à la Bukowski.
La prose, essentiellement burlesque au vrai sens du terme, qui flirte avec celle de Céline et Léo Malet, est aussi sombre et noire dans l'évocation du quotidien glauque d'un homme enfoncé dans la
nuit noire de la poisse, qu'elle peut être truculente pour narrer les ébats dantesques du nain dont le corps entier fait office de phallus englouti dans le vagin de la concierge géante.
Denis Lavant réalise une prestation d'un réalisme sans faille. Dès les premières phrases, il installe l'univers glauque, poisseux, inéluctable dans lequel évolue le personnage à la fois victime
et bourreau et révèle la fragilité d'une âme engloutie dans les ténèbres. Du grand art. Ovation à l'homme qui marche." Froggy's delight